Désirer ou dominer ?

Cet article publié, trois jours avant la Saint Valentin 2020, n’a nullement l’intention de donner des réponses toutes faites. Son but est de susciter tout simplement des réflexions. Ce texte s’inscrit dans une série de réflexions que nous allons proposer sur les relations homme-femme dans la société congolaise, sans se déconnecter de ce qui se passe sous d’autres cieux. Il y aura plus de questions en suspens que des réponses.

Imaginez cette scène : une jeune femme belle et intelligente, rencontre, pour la première fois, le directeur d’une grande structure dans un cadre purement professionnel. Paradoxalement, ils passent la nuit ensemble. Une histoire qu’il croyait sans lendemain. Mais elle revient à la charge et l’interpelle quelques jours plus tard :

« Elle : Je veux juste savoir si tu fais ça souvent. Ça t’arrive d’entraîner des femmes, que tu ne connais pas bien, pour coucher avec elles ?

Lui : Je ne sais pas…

Elle : Je pense que tu aimes profiter de ton statut, de ton pouvoir, pour attirer les femmes et accumuler les conquêtes.

Lui : J’ai couché avec toi grâce à ça ? Toi, ça ne t’excite pas ? Le pouvoir est attirant ? Avoue-le !

Elle : Ce n’est pas vrai pour moi.

Lui : Je suis fier de t’avoir conquise… tu es une sacrée… tu es une sacrée prise. »

Imaginez cette autre scène : une famille paisible dont la mère a choisi de rester à la maison pour s’occuper des enfants. Cette situation commence à ne plus convenir à la femme. Elle veut se remettre dans le monde du travail. Pour sauver le couple, il leur est conseillé d’inverser leurs rôles : papa à la maison, maman cheffe dans l’entreprise familiale à la place du père. Une fois en poste, elle apprécie ses nouvelles responsabilités et grâce à son pouvoir se met à courtiser ses collaborateurs masculins et prend goût à son nouvel environnement et commence à comprendre pourquoi son mari y était accro.

Ces deux situations sont le fruit de l’imagination des réalisateurs suédois et français dans leurs films respectifs  » The square » et « De l’autre côté de lit« .

Plusieurs affaires débrayent les chroniques et alimentent les réactions de tout genre sur les réseaux sociaux, nous mettent à l’évidence jour après jour que les réalisateurs des fictions s’inspirent, pour la plupart d’entre eux, des faits réels :

Rappelons deux faits :

  • Weinstein, Américain, producteur des films, a été accusé de harcèlement, d’agressions sexuelles répétées par de nombreuses femmes, des actrices en l’occurrence qu’il employait. Il a utilisé son pouvoir pour coucher avec ses actrices américaines. Mais Harvey Weinstein s’est justifié en évoquant le consentement mutuel ;
  • L’affaire Moise Mbiye, musicien chrétien et pasteur de l’église Cité Bethe à Kinshasa, est actuellement au centre dans un scandale sexuel ces derniers temps. Il est, lui aussi, traduit en justice pour s’être servi de son charisme pour coucher avec de nombreuses des jeunes femmes.

Malheureusement, les faits des femmes prédatrices, qui usent du pouvoir pour désirer ou dominer se cherchent à la loupe dans nos communautés africaines, bien qu’existant, ignorés certainement et non évoqués. Car, le mythe de l’homme, le chef est encore présent.

En effet, depuis des années, l’homme occupe une position dominante dans les différentes sphères de la vie. Il se sert de cet acquis pour imposer dans le monde du travail, dans les rues et même à la maison, un baiser, une main aux fesses, une relation sexuelle consentie ou pas, à l’ombre des menaces explicites ou silencieuses. Même lorsque l’homme s’efforcera d’être tendre, aimable, gentil, attentionné envers sa femme, sa petite amie ou sa collègue, il aurait du mal à se départir de toutes les velléités de domination du sexe féminin bien ancré dans le subconscient collectif tant en Afrique qu’en Occident.

Un paradoxe existe du moins : nombre de femmes recherchent des hommes aisés, pas forcément parce qu’elles les aiment, les désirent, mais parce qu’elles tiennent à satisfaire leurs propres besoins matériels et ceux de leurs familles. En contrepartie, elles doivent accepter d’être sous leurs emprises, leurs dominations.

Dans tous les cas, qu’il s’agisse des hommes ou de femmes, des fictions ou des cas réels, plusieurs questions sont soulevées :

Que signifie désirer et dominer dans une relation amoureuse ?

Y’a-t-il une limite entre les deux ?

Serait-il possible de désirer sans dominer ?

 L’homme serait-il un prédateur, un loup qui cherche à accumuler les conquêtes pour affirmer sa virilité ?

La femme serait-elle en réalité attirée par le pouvoir de son prédateur ?

Les femmes qui ont du pouvoir seraient- elles aussi prédatrices ? Si oui, que cherchent-elles à montrer ?

Où s’arrête le désir et où commence la domination ?

Dans des conditions normales, lorsqu’un homme et une femme se rencontrent, ils ressentent une attraction, une emprise l’un pour l’autre. S’ils sont sincères dès leur rencontre, chacun d’eux, nourrit l’espoir de donner de la gentillesse, de la douceur, de la jouissance et du plaisir à l’autre dans le respect mutuel. C’est le schéma classique de ce que peut être une relation amoureuse.

Mais quand et comment cette emprise devient-elle harcèlement, viol ou violence au point de faire perdre à Saint Valentin toute sa raison d’être ?

Valdie Kaya